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Ranger le cuir hors saison

Ranger pour la saison, ce n’est pas mettre de côté : c’est préparer six mois d’immobilité. Une paire ou un sac rangé propre mais humide, rembourré mais enfermé, va passer la mauvaise saison à travailler contre vous. Ce qui compte tient en quatre mots : propre, sec, rembourré, aéré. Et une chose que je ne fais plus jamais depuis l’hiver où j’ai retrouvé mes bottes avec une odeur de cave : le sac plastique fermé pendant six mois.

Ranger le cuir hors saison
Housse en tissu ou boîte ouverte, pièce rembourrée et séchée : jamais de sac plastique fermé pour une saison.

Propre et sec, dans cet ordre

On ne range jamais une pièce qu’on vient de porter sans l’avoir laissée sécher. C’est ce que je faisais au début : le soir, la paire retournait dans sa boîte avec l’humidité de la journée à l’intérieur. Six mois plus tard, la doublure sentait le renfermé et le dessous du pied portait un voile blanc. L’humidité du pied, il n’en faut pas beaucoup pour un espace fermé.

Donc on dépoussière à sec, à la brosse, et on laisse reposer au moins une journée à température ambiante avant de ranger. Un passage de chiffon sec suffit ; un baume se passe bien avant, une semaine avant idéalement, pour qu’il ait le temps d’être absorbé.

Le test, c’est le toucher à l’intérieur. Le creux du talon, sous la langue, le fond du sac : si c’est froid et sec, c’est bon. Si c’est froid et un peu moite, on attend encore. Une pièce rangée une journée trop tôt, c’est une saison gâchée.

Rembourrer : la forme se perd sans qu’on s’en aperçoive

Un cuir vide s’affaisse, lentement, sur des mois. Sur une chaussure, c’est le bout qui s’écrase et le pli du coup de pied qui s’installe. Sur un sac bandoulière, ce sont les anses qui tirent et les flancs qui se creusent. Rien de tout ça ne se voit au moment où on range, et tout se voit six mois plus tard.

Pour les chaussures, du papier froissé poussé jusqu’au bout fait le travail, ou mieux un embouchoir en bois brut pour l’hiver. Pour un sac, je mets du papier de soie ou deux chiffons en coton roulés, jamais du papier journal imprimé : l’encre transfère sur une doublure humide, et ça ne part pas après.

On rembourre sans forcer. Un sac trop bourré garde le moule de ce qu’on a mis dedans, et un soufflet rigide marque les côtés. Il faut que la forme tienne, pas qu’elle craque.

Tissu ou boîte ouverte, jamais plastique

Le sac plastique fermé est l’erreur la plus fréquente, et la plus coûteuse. Il protège de la poussière, d’accord, mais il enferme aussi ce qui reste comme humidité. Dans une pièce où l’air bouge peu, cette humidité tourne en circuit fermé pendant six mois. C’est comme ça que mes bottes d’hiver ont fini leur saison avec une odeur que je n’ai jamais réussi à faire partir complètement.

Ce que j’utilise : une housse en tissu respirant, ou une boîte ouverte sur le côté, à condition que l’objet dedans ne touche pas les parois. Une housse en coton épais, fermée juste par-dessus, laisse passer l’air et retient la poussière. C’est ce qu’il faut.

Les boîtes d’origine, je les garde pour le transport. Pour le rangement long, elles sont souvent trop justes et trop fermées. Une boîte en carton fermée, posée contre un mur froid, c’est une éponge avec un couvercle.

Où ranger, dans un appartement angevin

Dans la vallée de la Loire, l’hiver est long et humide, et l’humidité intérieure de mon appartement dépasse souvent 70 % de novembre à mars. Un placard adossé à un mur extérieur est donc le pire endroit pour une pièce qu’on n’ouvre pas pendant six mois. Le fond de placard, c’est là que mes bottes moisissaient, année après année, toujours au même endroit.

Ce que je fais : je range les pièces hors saison en hauteur plutôt qu’en bas, dans une étagère intérieure, pas contre la paroi froide. Rien ne touche le mur. Un espace de dix centimètres suffit, et il change tout.

L’été, c’est l’inverse : l’humidité descend vers 40 %, et les cuirs clairs tirent et se ternissent. Sur une pièce rangée en été, je vérifie aussi, mais pour une autre raison : la sécheresse fatigue autant que l’humidité, et un cuir qui tire craque aux plis.

Le contrôle de mi-saison

Six mois, c’est long. Je ne range plus rien en me disant que je verrai au printemps. Un contrôle au milieu de la saison, en janvier ou en février, prend dix minutes et évite une année de travail. Ce jour-là, j’ouvre la housse, je sors la pièce, je touche l’intérieur et le dessous, je regarde les coutures et le fond.

Si le papier s’est tassé, je le refais. Si une odeur commence à monter, la pièce sort et va sécher ailleurs. Si une trace blanche apparaît, je brosse à sec, dehors, et je change la pièce de place. Attendre le printemps pour découvrir le problème, c’est laisser trois mois à l’humidité pour s’installer.

Ce contrôle sert aussi à rembourrer à nouveau ce qui s’est affaissé, et à remettre les objets dans une autre position. Une pièce qui reste six mois dans la même pose garde les marques de cette pose. On ouvre, on bouge, on referme, et la pièce redémarre la saison suivante sans séquelle.

Les erreurs que j'ai faites

  • J’ai rangé une paire dans un sac plastique fermé pour tout l’hiver, en pensant bien la protéger : au printemps, l’intérieur sentait le renfermé et le papier journal était humide. Le plastique avait gardé l’humidité de la dernière journée de port. Depuis, tout ce qui part pour la saison est en housse de tissu.
  • J’ai rangé une paire le soir même, sans attendre qu’elle sèche : trois mois plus tard, la doublure était piquée et le pli du coup de pied craquelé. Une journée d’attente avant de ranger, c’est le geste le plus rentable de tout ce que je fais.
  • J’ai empilé trois sacs les uns sur les autres dans une boîte trop juste : au printemps, les deux du dessous avaient le flanc marqué et le soufflet plié. Rien ne se range en appui sur autre chose, même bien rembourré.
  • J’ai rangé un sac vide, sans le rembourrer, en me disant qu’un sac vide ne craint rien : six mois plus tard, les anses avaient tiré et les côtés s’étaient creusés. Un cuir garde la forme qu’on lui laisse, et le vide est une forme comme une autre.
  • Je n’ouvrais jamais les housses avant le printemps : la première fois que je l’ai fait, j’ai trouvé une trace blanche installée depuis des semaines. Un contrôle en janvier aurait suffi à l’arrêter au premier brossage.