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Les traces blanches de moisissure

La première fois que j’ai vu un voile blanc dans le fond de mon placard, j’ai cru que le cuir était perdu. C’était une paire de bottes rangées depuis l’automne, adossées au mur extérieur. Le dépôt partait au doigt, comme de la farine. J’ai appris depuis à faire la différence entre ce voile de surface, qui se nettoie, et la moisissure qui a piqué la matière, qui ne se nettoie pas. Ce jour-là, c’était de la surface, et une demi-heure dehors a suffi.

Les traces blanches de moisissure
Le voile blanc vu à la lumière rasante, le long d’une couture : c’est là qu’il se dépose en premier.

Ce que c’est, et ce que ce n’est pas

Un voile blanc, dans neuf cas sur dix, c’est un dépôt posé sur la surface. Il ne tient pas : on le touche du doigt, il part. Il se dépose surtout sur le dessus des pièces et le long des coutures, là où l’air circule mal. Sur un cuir noir, il se voit tout de suite ; sur un cuir clair, il faut la lumière rasante d’une fenêtre pour le repérer.

Ce n’est pas la même chose quand la couleur est partie avec le dépôt, ou quand la surface est devenue rugueuse au toucher. Là, la moisissure a attaqué la matière, et aucun nettoyage ne la fera revenir. C’est une réparation, pas un nettoyage, et je ne les mélange jamais.

Le repère qui tranche, dans mon cas, c’est le retour. Si le dépôt revient une semaine après le nettoyage, j’arrête de nettoyer : la cause est plus profonde que la surface, et je ne vais pas passer mes week-ends à brosser quelque chose qui repousse à chaque fois.

Pourquoi je travaille dehors

Première règle : je ne brosse jamais une pièce couverte de dépôt à l’intérieur, et surtout pas au-dessus des autres affaires. Le voile se disperse, il retombe, et je retrouve le lendemain la même poussière sur une paire qui n’avait rien. Cela m’est arrivé une fois avec des bottes : j’ai brossé sur la table de l’entrée, et quinze jours plus tard la paire rangée à côté portait le même voile.

Dehors, sur le balcon ou devant la porte, avec un vieux journal au sol que je jette après. Il faut un jour sans vent si possible, ou alors travailler à l’abri du mur. Je ne brosse pas non plus au-dessus d’une grille, ni près d’une porte ouverte sur l’intérieur.

En hiver à Angers, cela demande un peu de courage : l’air est humide et froid, et j’y vais quand même, parce que c’est le seul endroit où le dépôt ne revient pas sur mes affaires. Dix minutes de froid contre un placard propre, je choisis le froid.

Brosse douce, sans gratter

J’utilise une brosse souple, en crin, et je la passe sans appuyer. Le geste est léger, comme si j’enlevais de la farine sur une table : la poussière doit partir avec les poils, pas être écrasée dans le cuir. Si j’appuie, je fais exactement l’inverse de ce que je veux.

Je brosse dans le sens des coutures, en partant du centre vers les bords. Les zones où le dépôt est plus épais, je les reprends en plusieurs passages, jamais en frottant fort d’un coup. Et je nettoie la brosse au-dessus du journal entre deux passages : une brosse chargée redépose ce qu’elle vient d’enlever, c’est ce que j’appelle « travailler à l’envers ».

Ce que je ne fais pas : pas de grattoir, pas de lame, pas de brosse métallique, même sur une croûte qui semble sèche. La surface du cuir est plus fragile qu’elle en a l’air, et une rayure faite en dix secondes reste des années. Si le dépôt ne part pas à la brosse douce, c’est qu’on n’est plus en surface.

Le chiffon à peine humide, puis le séchage

Quand la brosse a fait son travail, il reste souvent une poussière fine dans le grain. Un chiffon en coton, humide, jamais mouillé : je l’essore jusqu’à ce qu’il n’ait plus rien à donner. Un seul passage léger, puis je reprends un chiffon sec immédiatement après. L’idée n’est pas de nettoyer en profondeur, mais de retirer le reste sans mouiller la pièce.

Ensuite, le séchage. À l’air, à température ambiante, à l’ombre, et jamais contre un radiateur. Une paire de bottes demande au moins une journée complète, souvent plus si la doublure est épaisse, parce que c’est la doublure qui garde l’humidité. Je remplis de papier non imprimé et je le change quand il est froid et souple.

Je ne range rien avant d’être sûre que tout est sec. Une pièce rangée encore humide, c’est le meilleur moyen de recommencer le mois suivant. Et je ne mets aucun produit dessus au passage : le baume, je le garde pour plus tard, quand la pièce a séché plusieurs jours et que je sais où j’en suis.

Le placard : la vraie cause est là

Nettoyer la pièce ne règle rien si le placard reste humide. Chez moi, le dépôt revenait toujours au même endroit : le fond, contre le mur extérieur, là où l’air ne circule pas. C’est là que mes bottes se sont couvertes la première année, et c’est là que cela a recommencé l’année suivante, parce que je n’avais rien changé d’autre que de brosser.

Ce que j’ai modifié, dans l’ordre : écarter les boîtes du mur de quelques centimètres, retirer les housses fermées, laisser de l’espace entre les paires, et ouvrir la porte une fois par semaine. Rien de compliqué, rien qui coûte quelque chose. Il a fallu une saison pour voir la différence, mais elle est nette.

En été, quand l’air descend vers 40 %, je surveille l’autre problème : le cuir qui tire. Une pièce qui a souffert de l’humidité en janvier est plus fragile en juillet, surtout si elle est claire. Je la nourris un peu plus tôt dans la saison, et je regarde la teinte à la lumière du jour avant de décider.

Ma checklist avant de commencer

  • Sortir la pièce à l’extérieur, sur un vieux journal, loin des autres affaires.
  • Brosser à sec à la brosse souple, sans appuyer, du centre vers les coutures.
  • Nettoyer la brosse au-dessus du journal entre deux passages.
  • Passer un chiffon en coton essoré à fond, puis essuyer aussitôt avec un chiffon sec.
  • Bourrer de papier non imprimé et laisser sécher à l’air au moins une journée complète.
  • Ne rien ranger avant séchage complet, doublure comprise.
  • Écarter du mur extérieur et aérer le placard une fois par semaine.
  • Si le voile revient une semaine plus tard, j’arrête et je change de méthode.